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Une start-up belge qui rêve de faire valser la Silicon Valley

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Une start-up belge qui rêve de faire valser la Silicon Valley

Une start-up belge qui rêve de faire valser la Silicon Valley

Musimap est une start-up belge spécialisée dans la recommandation musicale: son algorithme pionnier modélise le fonctionnement du cerveau et des émotions humaines et plonge dans une base de données de plus de 50 millions de morceaux musicaux connectant 11.000 mots-clés, 1.500 genres et sous-genres avec 390 types d’humeurs et plus de 100 contextes pour une recommandation à la pertinence jamais encore approchée.

Après l’annulation de l’introduction en bourse de Deezer, l’intense compétition pour devenir la plateforme favorite de musique en ligne est entrée dans sa phase finale: détenir la bonne technologie en termes de recommandation musicale personnalisée et de découverte musicale est une clef essentielle dans cette dernière ligne droite. Musimap offre ainsi une solution innovante et qui tranche avec les ennuyeuses playlists automatisées et blafardes.
Avec la participation de plus de 60 experts, l’équipe de Musimap offre via sa technologie une curation musicale inégalée qui a notamment séduit le jury de Slush (Finlande), la plus importante foire d'investissement en Europe pour les start-ups technologiques, où Musimap s’est retrouvée dans les 25 sociétés à forte croissance appelées à y présenter leur techno.
En décembre, les célèbres Transmusicales de Rennes inviteront aussi tout spécialement Musimap pour parler de ses outils et algorithmes révolutionnaires, un réel adoubement de la part d’un des acteurs les plus crédibles dans l’industrie de la musique.

D’ici à ce que Silicon Valley valse sur du belge, il y a plus qu’un pas (de danse)... Entretien avec l’ambitieux Vincent Favrat, CEO de Musimap.


Comment l’aventure Musimap a-t-elle démarré ? Qui a eu l’idée originale ?

Eh bien, tout a commencé avec Pierre Lebecque qui est un sociologiste, musicologue et musicothérapeute belge. Pour moi, il s’agit d’un esprit créatif exceptionnel, d’un chercheur suffisamment pugnace et passionné pour sortir des sentiers battus, mener son équipe vers des innovations majeures et qui donne vie à un projet portant un réel potentiel de rupture technologique.

En avance sur son temps, Pierre a anticipé un des plus grands défis d’aujourd’hui – la gestion de l’abondance de produits culturels mis à la disposition des consommateurs : comment pouvons nous réussir à naviguer dans un océan infini de choix avec près des millions de titres / livre / film disponibles en un clique? Quels sont les bons outils technologiques pour faciliter cette navigation et permettre de trouver son chemin parmi cette multitude de contenus ? Comment une recommandation précise et pertinente peut-elle être réalisée, en fonction de ce que nous sommes réellement (personnalité et humeurs) et de l’environnement dans lequel nous évoluons (approche contextuelle)?

Pierre a publié sa thèse de doctorat intitulée « The World is a Mix » (« le monde est un mélange ») en 1991 – soit l’année où le World Wide Web est née – et peu de temps après, il a commencé à s’interroger sur les moyens possibles pour créer des systèmes digitaux de recommandations personnalisées. La conclusion de Pierre est que, pour répondre à un tel besoin, il faut une technologie performant des processus cognitifs complexes et qui tiennent compte des émotions, des influences et des relations. Et ce concept est au cœur de la technologie de Musimap. À terme, celle-ci vise à renforcer la découverte et la navigation musicale.

La colonne vertébrale de Musimap repose donc sur une recherche sur la musique contemporaine et l’histoire de la musique, c’est bien cela ?

Pierre et son équipe se sont demandés quels étaient les morceaux et les artistes les plus influents dans l’histoire de la musique et ont conduit une recherche interdisciplinaire avec 60 spécialistes de références provenant de différents domaines, notamment Karl Bartos de Kraftwerk, Gilles Peterson connu pour Worldwide, le musicologue Joseph Kerman ou encore le neuroscientifique Daniel Levitin. Ces experts en musicologie, sociologie, psychologie et lexicologie ont analysé manuellement un million de morceaux, en appliquant 55 paramètres pondérés à chaque titre afin de modéliser la discothèque mondiale en un système à couches multiples d’influences croisées. En termes techniques, nous parlons d’une taxonomie musicale pondérée dans lesquels chaque unité musicale est positionné par rapport aux autres dans un système informatique cogniti. Autrement dit, c’est une cartographie complexe et approfondie de l’histoire de la musique du monde dans laquelle chaque relation et influence est pondérée.

Ce que vous dîtes me fait penser aux propos de Jimmy Iovine lors de la présentation d’Apple Music en juin dernier, lorsqu’il parle de recommandation musicale en disant « Les algorithmes à eux-seuls ne peuvent pas traiter de cette tâche émotionnelle. Une touche humaine est nécessaire ».

Eh bien, Iovine avait aussi caractérisé Apple Music comme « un nouveau service musical révolutionnaire », ce qui est loin d’être une évidence. Il me semble que Apple a perdu sa longueur d’avance dans le secteur de la musique, alors que durant près de deux décennies Apple était à l’avant-garde de l’innovation, notamment avec l’I-Pod, l’I-phone, mais surtout avec iTunes et son App Store, qui sont encore aujourd’hui les piliers de son écosystème de consommation numérique. À ma grande surprise, Apple Music a adopté une démarche traditionnelle pour Apple Music puisque la curation humaine est au cœur de sa recommandation. L’acquisition récente par Apple de Musicmetric confirme la positionnement l’approche statistique d’Apple, qui ne peut simplement pas être comparée à une recommandation musicale personnalisée avancée. Entre-temps, Spotify a acquis l’entreprise d’intelligence musicale The Echo Nest, et est en train de gagner la bataille pour devenir la plateforme favorite de musique en ligne: « David gagne contre Goliath » - la fronde de Spotify étant la technologie …

Pour relever le défi complexe de la recommandation musicale personnalisée – bien que nous soyions d’accord avec Apple sur le fait que la curation humaine est essentielle – nous sommes convaincus que la technologie devrait compléter et renforcer l’expertise humaine. Nous pensons qu’il y existe un fossé technologique qu’Apple n’a toujours pas comblé. Il lui manque une technologie humanisée. Ce serait une tâche gargantuesque, même pour le géant américain, de couvrir la grande variété de goûts et de besoins de ses clients exclusivement par le biais de la curation, alors que le catalogue à disposition approchera bientôt 50 millions de titres. C’est pourquoi nous avons développé et défendons la piste d’un hybride entre expertise humaine et algorithme automatique, une technologie humaine semi-automatisée ! Et oui, notre algorithme peut le faire de façon semi-autonome, parce que il est sensible aux émotions et est empreint des principes mêmes de la cognition humaine.

Il est clair qu’il y a une forte dynamique sur le marché de la musique en ligne. Deezer avait pris tout le monde par surprise en lançant son introduction en bourse (IPO) à la fin d’octobre déjà. Le CEO Hans-Holger Albrecht annonce aujourd’hui, après l’échec de la mise en bourse, que même l’option de revente de Deezer serait envisageable.

Quelle est votre vison sur sa stratégie ?

Deezer utilise massivement la curation humaine, accusant une retard technologique, tout comme Apple Music. J’ai pensé que Deezer pourrait saisir l’opportunité d’investir une partie des fonds levés avec son IPO dans une série de technologies appropriées pouvant renforcer son équipe de plus de 50 curateurs et les doter d’outils démultipliant leurs forces pour une curation à grande échelle. L’IPO n’a pas fonctionné. Je pense néanmoins que des acquisitions technologiques devraient être une priorité. Toutes les plateformes de streaming ne survivrons pas à termes. Les catalogues de tous ces concurrents étant plus ou moins les mêmes, je pense que la technologie et l’innovation joueront un rôle déterminant.

Pouvez-vous expliquer comment la technologie de Musimap fonctionne ?

Musimap émule les interactions complexes que le cerveau et le corps humain entretiennent avec la musique. Notre algorithme est sensible aux émotions et en cela il ressent, raisonne et répond à la musique tels que les humains le font. Nous avons développé une technologique cognitive informatique ancrée dans une approche socio-psychologique et musicologique, par opposition à une simple extraction de données ou à une approche limitée à l’analyse de signaux électroacoustiques. En fait, pour décoder l’ADN de la musique, il est nécessaire de prendre en considération l’ensemble de la palette des émotions humaines, ce que nous avons fini par faire en utilisant 390 humeurs complexes, bien au-delà des 5 ou 6 humeurs que la plupart des technologies d’analyse de signal arrivent à proposer. Il est nécessaire aussi de comprendre l’état d’esprit de chaque auditeur dans son environnement particulier. Nous travaillons avec plus de 100 situations d’écoute afin de réaliser cela. En d’autres termes, il est nécessaire de remettre des critères émanant des sciences moles dans l’équation afin d’effectuer une recommandation musicale sensible aux émotions et au conexte individuel et ainsi, de relever le défi complexe de la découverte musicale.

Avez-vous développé votre propre base de données ou est-ce que vous utilisez exclusivement des métadonnées externes ?

Nous enrichissons notre taxonomie musicale avec toutes les informations disponibles sur internet par le biais d’extraction de données. Nous analysons ces données, les filtrons, les traduisons dans notre propre lexicologie et ajoutons des composantes supplémentaires, notamment des descripteurs émotionnels. Puis nous corrélons toutes les unités musicales entre elles pour former un système d’influences croisées. Cela se traduit en une des bases de données musicales propriétaires les plus importantes au monde. Aujourd’hui, notre elle comprend déjà 2 milliards d’informations, 750 millions de relations, 50 millions de morceaux, 4 millions d’artistes, 11 mille mots-clés et 1500 sous-genres. Et cela ne va cesser d’augmenter.

Etant donné que le projet à débuter dans les années nonante, comment l’entreprise a-t-elle financé son développement?

Dans le passé, 2.2 millions d’euros ont été investis dans la R&D (Séries A). En 2014, de nouveaux partenaires stratégiques ont rejoint Musimap, aidant à clarifier le positionnement de l’entreprise sur sa principale expertise : sa technologie. Ils ont mené une levée de capitaux supplémentaires afin de permettre à Musimap de finaliser ses APIs et d’entrer sur le marché avec un positionnement B2B et B2B2C. Musimap est aujourd’hui une SA (Société Anonyme) dont le siège social est situé en Belgique, avec des APIs commercialisables et une base de données qui augmente constamment.

Quels ont été les plus grands changements dans l’histoire du projet et ses plus grands défis ?

Nous nous sommes efforcés de rester focalisé sur notre technologie et avons essayer d’éviter de participer à la création de nombreuses interfaces envisageables grâce à notre technologie. En 2011, par exemple, nous avions terminé la version Beta d’une plateforme interactive de musique en ligne  destinée à la découverte musicale. Nous n’avons pas réussi à entrer sur le marché de la musique en ligne car le langage de programmation que nous utilisions n’était pas assez réactif pour travailler de manière optimale avec notre vaste base de données. Bien que cela fût plutôt frustrant, nous avons réalisé que nos ressources étaient limitées et que nous devions nous concentrer sur ce que nous faisions de mieux – la recommandation musicale personnalisée. Cela a donc été une expérience enrichissante, au sens figuré …

Pouvez-vous nous parler de votre présence lors du dernier Music Tech Fest ?

Avec plaisir. Nous voulions rendre disponible nos APIs, fraîchement finalisées, aux développeurs du Music Tech Fest afin qu’ils puissent les tester et obtenir ainsi un premier retour constructif et créatif. Nous voulions aussi échanger des opinions avec des experts, notamment sur la pertinence de notre technologie dans l’ère de « l’internet des objets ». Notre participation faisait aussi partie d’une démarche plus large qui consiste à trouver des chercheurs créatifs, des développeurs et des partenaires stratégiques dans le secteur afin d’explorer les synergies. Nous y avons notamment discuté de l’optimisation de notre système d’analyse du signal en synergie avec le projet Européen MusicBricks. Et où prévoir un meilleur lancement de notre technologie, si ce n’est parmi l’une des communautés les plus créatives et innovatrices? L’esprit du Music Tech Fest est vraiment très inspirant : mettez vos mains à la pâte et innovez ! J’aime cette approche !

Où voyez-vous Musimap dans cinq ans ?

Cinq ans, c’est loin. À l’avenir, nous pourrions nous associer avec des entreprises de plus grande taille pour diffuser nos technologies à un large public, par différent canaux, ce qui a toujours été l’objectif à long-terme de Pierre Lebecque. Par exemple, comme mentionné plus tôt, Spotify a acquis l’entreprise américaine d’intelligence musicale The Echo Nest en mars 2014. Je vois en quelque sorte Musimap comme une réponse européenne à The Echo Nest, avec une approche plus interdisciplinaire et une pertinence émotionnelle comme facteur clé de différentiation. Nous pourrions chercher une synergie avec un grand groupe.

Entre-temps, nous resterons concentrés sur l’amélioration de notre technologie cognitive musicale et la mise à disposition de dispositifs innovants de découverte et de navigation musicale. Nous sommes convaincus qu’une technologie musicale intégrée est beaucoup plus que la somme de ses parties. Nous continuerons donc à ajouter des paramètres pondérés complémentaires à notre algorithme, à affiner les composantes technologiques existantes et à ajouter de nouvelles briques technologiques, en particulier en maitrisant d’avantages les données sensorielles et provenant de l’environnement contextuel.
 
Nous attendons d’offrir notre recommandation musicale personnalisée à des clients B2B qui utilisent la musique dans le cadre de leur offre, tels que les professionnels de l’audiovisuels, les plateformes de musique en ligne, les compagnies de télécommunications, les acteurs dans publicité, les espaces commerciaux, restaurants, les dispositifs connectés, ou même le secteur automobile. Prospectivement, en respectant la vision de notre fondateur, nous pourrions aussi explorer des applications potentielles de notre méthodologie à d’autres industries créatives et même à d’autres secteurs, et ainsi sortir partiellement du domaine musical, même si notre cœur y restera toujours. Nous souhaitons en ce sens explorer le principe de recommandation croisée entre différents secteurs (film, musique, jeux vidéos, livres, etc.).

Vous avez parlé d’une technologie conforme à l’Internet des Objets. Quelle est la vision de Musimap pour le futur ?

Eh bien, c’est un sujet passionnant, et la recherche de Pierre Lebecque a offert de très intéressantes perspectives sur cette thématique. Nous pensons que, dans un monde progressivement digitalisé, les utilisateurs auront besoin d’assistants puissants, personnalisés, numériques avec de fortes capacité d’apprentissage autonome – une sorte de compagnon numérique ou de conseiller personnel si vous préférez – intégrant dans son analyse tous les aspects de la vie quotidienne. Dans ce monde de l’Internet des Objets, ces assistants interagiraient avec des données contextuelles et des capteurs pour détecter, capturer et reconnaître toute donnée pertinente en temps réel – et ainsi en feraient bénéficier chaque individu en filtrant les informations dans un environnement de plus en plus complexe.

Avec son système unique d’influences croisées et la base de données sensible et extensive en étant dérivée, je pense que Musimap est très bien placé pour comprendre et anticiper les besoins et les exigences futures des consommateurs et pour assister et renforcer ses clients dans la course vers l’assistant numérique musical préféré des utilisateurs. Il y a de nombreux défis excitants à relever… Je suppose que notre but est et sera d’autonomiser les technologies de recommandation et de découverte musicale pour le public de masse de demain avec une solution personnalisée !

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